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C’EST PAS MON GENRE ! Transidentité : un parcours pour être moi

   Boite à questions

Introduction

Une personne est transgenre quand le genre qui lui a été attribué à la naissance d’après ses organes génitaux n’est pas celui qui est pleinement le sien et dont elle prend conscience à un moment donné et variable selon les individus. On parle de transidentité ; il s’agit simplement d’une façon de vivre par rapport à son genre. Le terme transgenre regroupe des identités de genre différentes. Les personnes transgenres vivent en commun des moments de vie : prise de conscience, coming out, transitions, et des discriminations du fait de leur identité de genre.” (Extrait du livre « une histoire de genres : Guide pour comprendre et défendre les transidentités” de Lexie).

Le 17 mai est la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Une journée annuelle qui, depuis 2005, a pour but de promouvoir des actions de sensibilisation et de prévention afin de lutter contre l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie. C’est à cette occasion que nous avons traité le sujet en 2020. Radio Campus Besançon avait tendu le micro aux associations, aux personnes du corps médical et surtout aux personnes transgenres pour vous proposer une émission documentaire de presque deux heures. 

Nous vous proposons aujourd’hui un tout nouveau format autour de cette thématique. Un projet à la lecture dynamique où vous pourrez naviguer entre  photos, textes et sons. 

L’objectif de ce webdocumentaire est de sensibiliser l’internaute à la transidentité et aux causes LGBTQI+. Mais pas seulement. Il pourrait être une source d’informations conséquentes pour des personnes se posant des questions en rapport avec leur genre ou identité (peut-être vous). Nous aborderons ce thème de manière à ce que tout le monde y trouve des réponses et des informations : les personnes démarrant une transition ou encore celles qui sont avancées dans le processus mais qui souhaitent s’informer. Évidemment, nous tenons à préciser que ce webdocumentaire n’a pas pour but de prouver qu’il n’existe qu’une seule transition : chaque personne est libre de faire ses choix et d’aller jusqu’où elle le souhaite. 

La transidentité sera vue sous plusieurs prismes : au travers de portraits de personnes transgenres, de rencontres avec du personnel médical, de recommandations et chroniques culturelles ou encore sous une vision artistique. 

Derrière C’est pas mon genre, deux journalistes de Radio Campus Besançon, Alexie Le Corroller et Amélie Pérardot. « Ce projet s’inscrit pleinement dans les valeurs de notre radio mais aussi celles que nous avons personnellement. Nous travaillons depuis deux ans à la réalisation de ce webdocumentaire, et nous sommes fières de vous le présenter. Nous espérons vraiment que le contenu proposé pourra vous aider. Peut-être y trouverez-vous des réponses à des questionnements ou tout simplement des informations pour vous enrichir. Nous espérons que cela vous fera réagir. À travers ce projet, nous voudrions participer à la visibilité de la communauté trans. Nous sommes persuadées qu’encore en 2022, nous avons tous notre rôle à y jouer. ».

Chapitre 1 :
Rencontre avec sept personnes transgenres

Bienvenue dans le premier chapitre de notre webdocumentaire. Ici vous allez découvrir sept histoires, de sept personnes transgenres. Bien sûr, il existe autant de parcours que de personnes trans. Premiers questionnements, annonce du coming-out à la famille, aux proches, rencontres amoureuses, ou encore confrontations aux normes sociales. Ces thématiques, nous les avons abordées avec des personnes de 20 à 50 ans. Des parcours de vie, qui, ici, se complètent. 


Jules aime tout ce qui brille 

“J’ai l’impression d’être prisonnier dans un corps qui n’est pas le mien, ou qui ne devrait pas être le mien. C’est un peu comme si, d’un coup on se réveille un jour dans un corps et on se rend compte que ce n’est pas le bon, qu’est-ce qui se passe ?”

Jules

Jules a 24 ans, quatre frères et sœurs et a étudié à Besançon il y a quelques années. Il a aussi vécu à Londres, une ville qu’il adore. Depuis, il a repris ses études, vit dans le Nord de la France et travaille en alternance dans une petite librairie. Quand on demande à Jules ce qu’il aime, il répond qu’il adore Louis Tomlinson et Les Frères Scott. Côté livre, il cite “La fille de Brooklyn” de Guillaume Musso, “Où es-tu ?” de Marc Lévy ou encore “Au cœur de ma nuit” de Sarra Manning. Et sinon Jules aime tout ce qui brille ! #paillettes

Le jeune homme a fait son coming out trans durant l’été 2021. Nous lui avons demandé s’il pouvait revenir avec nous sur ses premiers questionnements.

Les premiers questionnements de Jules

Jules explique la dysphorie de genre par le “moment où on ressent un mal-être lié à la différence entre le genre dans lequel on s’identifie et le corps qu’on a/notre apparence physique”. Il ajoute aussi, “dans mon cas je me sens homme, j’ai un corps de femme, il y a donc un mal-être, un malaise, qui vient de cette différence. C’est quelque chose qui peut être très douloureux car on ne peut pas agir dessus dans l’instant”.

La première crise dysphorique de Jules

Il a hâte de commencer la prise d’hormones afin de baisser le ton de sa voix et que son corps change physiquement. Il envisage aussi une mastectomie. Pour le moment, le jeune homme porte des binders tous les jours, une sorte de brassière qui compresse la poitrine.


Jules, étudiante et drag queen

Jules se présente

Ce que l’on sait aussi de Jules c’est qu’elle est passionnée par le maquillage, les comédies musicales et qu’elle aime beaucoup son chien : Pooki. 

« Est-ce que c’est juste dans ma tête ? »

Jules

Jamais bien dans son corps, Jules a mis du temps à se rendre compte qu’elle était une femme. Elle l’a compris il y a moins d’un an, quelques années après son coming-out gay. Ensuite, elle a mis plus d’un mois avant de l’accepter et de l’affirmer. “Le genre et la sexualité sont deux choses différentes. C’est plus dur d’avouer sa transidentité. Je le fais petit à petit et ceux qui ne l’acceptent pas, c’est qu’ils ne m’aiment pas vraiment. Je n’ai pas besoin d’eux dans ma vie.” La première personne à le savoir fût sa mère. Puis sa sœur, sa marraine et ses amis.

Question n°1
Quelle est ta comédie musicale préférée ?
Question n°1
Réponse à la question

Jules, elle, te conseille les comédies musicales suivantes : Cats The Musical, MAMMA MIA, La la land ou encore, The Greatest Showman !

La playlist : 



J’ai une sorte de double vie. J’habite avec ma famille à Dunkerque et j’ai mon école à Lille. Quand je reviens à Dunkerque tout le monde m’appelle par mon deadname tout le monde me mégenre, à part mon groupe d’amis, et quand je vais à Lille, je suis vraiment moi à 100%.

Jules
Être soi-même

Aujourd’hui, Jules est au début de sa transition. Elle a commencé à voir régulièrement une psychiatre. La prochaine étape sera de contacter un endocrinologue.

Les débuts de sa transition

En ce qui concerne les papiers d’identité, Jules n’a pas encore commencé les procédures de changement. Il lui a fallu du temps avant de trouver le bon prénom, celui qui la suivra toute sa vie. Jules. Un prénom tiré de la série Euphoria. J’étais dans mon canapé, je regardais la série et d’un coup je me suis dit que ce prénom était fait pour moi, qu’il me ressemblait, que ça m’irait bien.” Elle s’est imaginée 20 ans plus tard, puis elle s’est dit que ce prénom, elle l’aimerait pour toujours. 

Au-delà de l’affirmation et du prénom, c’est une autre de ses passions qui a conduit Jules à avoir son déclic. Les Drag Queen’s shows. 

Les Drag Queen’s Show

Jules termine sur un conseil qu’elle souhaite donner et surtout qu’elle se donne à elle-même. 

Le conseil de Jules

La seule personne avec qui je me sens moi, c’est moi !

Jules

Erwan & Alex, amis d’enfance

Tu te réveilles pas un peu en mode Martin Matin, genre tiens qu’est-ce que je vais être aujourd’hui. C’est pas comme ça être transgenre.

Alex

Erwan et Alex sont deux amis bisontins, respectivement de 26 et 23 ans. Erwan est usineur prototypiste dans le médical. Il aime beaucoup la musique et ça se voit : dans son salon trônent plusieurs instruments de musique dont un synthé et une guitare. S’il devait choisir un style de musique, ce serait certainement le rock.

Côté passions, il apprécie le milieu artistique et s’intéresse aussi au Roller Derby. Le seul sport que l’on peut faire en compétition en étant transgenre. Au-delà de ça, c’est une pratique sportive ouverte d’esprit qu’il aime énormément. D’ailleurs, si vous connaissez un peu ce sport, vous n’êtes pas sans savoir que chacun des pratiquants a un nom, un surnom bien à lui. Pour Erwan, lui, c’est Badman.

Question n°2
Quel est ton style de musique favoris ?
Question n°2
Réponse à la question

Si tu cherches de nouveaux artistes à ajouter à ta playlist, Erwan te propose : Janis Joplin / The strokes / Brigitte / Ludovico Einaudi / Hans Zimmer

Découvre sa playlist :



Alex de son côté, a trois ans de moins que son ami et il travaille en tant qu’animateur périscolaire. Depuis quelques mois, quand ce jeune homme à du temps libre, il s’adonne à une nouvelle passion : le skate. Souvent, lui et Erwan embarquent planche et patins pour se balader et s’entraîner.

Tous les deux se connaissent depuis plusieurs années, et ont accepté de revenir avec nous sur leur histoire, leurs parcours et leurs ressentis et ce, depuis le commencement.

Premiers questionnements

La société nous rappelle sans cesse qu’on est nés femme et point barre. On “reste une femme” pour eux, alors que clairement, non ! On est qui on est et il faut respecter les gens. Ce n’est pas de notre faute si on est nés dans le mauvais corps.

confie Erwan

D’ailleurs, il faut attendre 2010 et le décret n° 2010-125 du 8 février 2010, pour qu’une personne transgenre ne soit plus considérée comme ayant une maladie mentale (appelée “transsexualisme”). Aussi, si vous n’étiez pas au courant, on n’utilise plus le terme de personne “transsexuelle”. Littéralement, “trans-sexuel” renvoie au fait que la personne change de sexe, hors il n’y a pas une transition mais des transitions. Il n’y a pas de règles à suivre. Alors, on préférera la terminaison suivante : personne “transgenre”. 

Au cours de nos entrevues, Erwan nous explique que pour lui, il faut être patient car tout prend du temps, autant l’évolution de la mentalité des gens que le côté administratif et juridique. Mais il y a des avancées ! 

Depuis la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 dite loi de modernisation de la justice du XXIème siècle, une personne transgenre ne doit plus passer devant un juge pour pouvoir changer son prénom, elle peut directement se rendre auprès d’un officier d’État Civil. Avec cette loi la médicamentation ou la stérilisation préalable de la personne trans ne peuvent plus être demandées. « Le fait de ne pas avoir subi des traitements médicaux, une opération chirurgicale ou une stérilisation ne peut motiver le refus de faire droit à la demande.” (article 61-6 C. civ.). 

Tout ça c’est très récent et on est quand même en 2022. C’est vrai que ça m’a un peu abérré, choqué même, parce qu’on a pas le droit de demander à une personne de se stériliser pour être elle-même.

Erwan

Erwan a commencé sa transition et ses démarches avant la loi du 18 novembre 2016 dite loi de modernisation de la justice du XXIème siècle. Il a donc dû constituer un dossier très complet pour avoir un M sur sa carte d’identité. Il ajoute que “dans ces moments on a besoin de beaucoup de soutien de nos proches ».  Mais d’ailleurs, comment Alex et Erwan ont-ils abordé le sujet avec leur famille et amis ?

L’annonce à la famille

Il y a beaucoup de groupes sur les réseaux sociaux maintenant. Nous si on a besoin d’un truc on va sur les réseaux sociaux, on trouve tout de suite, il y a des groupes privés pour les FTM (Female to Male / Femme vers Homme) et pour les MTF (Male to Female / Homme vers Femme), ils sont privés pour ne pas que des personnes néfastes viennent. On y trouve toutes les informations qu’il faut et on peut y aller si on ne va pas bien.

Erwan

L’annonce aux proches, puis s’en suit parfois l’annonce aux collègues de travail. Erwan nous raconte son expérience. 

L’annonce au travail

Erwan et Alex sont revenus avec nous sur le fait que certaines questions posées à des personnes transgenres peuvent être blessantes ou irritantes. 

Comment répondre aux questions gênantes ?

Paga, futur professeur des écoles

Paga a 23 ans. Il est né à Montbéliard en mai 1998. Il vient de terminer ses études en MEEF à Besançon et récemment, il a passé le concours pour être professeur des écoles. Jusqu’à l’âge de 12 ans, il vivait avec sa grand-mère. Une fois arrivé à Besançon, pour ses études, il a décidé de faire une colocation avec sa cousine. Une cohabitation qui a duré 5 ans.

Les parents de Paga divorcent lorsqu’il a 6 ans et alors qu’il noue des liens solides avec son père, ceux avec sa mère se dégradent. Paga passe le moins de temps possible avec elle, et avec sa famille. Il aime être seul, mais sans jamais être tout à fait solitaire. Il aime rester dans sa chambre, et nous explique même, que c’est l’endroit dans lequel il se sent le mieux. Un lieu de confiance dans lequel il passe du temps avec lui-même, mais aussi avec ses idoles. Sous casque ou sur enceinte, il écoute reggae, pop, R&B. Ces différents univers musicaux rythment sa vie. 

Question n°3
Reggae, de la pop, ou du R&B, font-ils partie (comme Paga) de tes styles musicaux favoris ?
Question n°3
Réponse à la question

Inspire toi des groupes favoris de Paga ! Danakil, I woks, 47ter, Mandragora ou encore Berywam.

Découvre sa playlist :



Sans musique, pas de motivation.

Paga

C’est dans un lieu de confiance que nous l’avons rencontré. Chez lui. Dans son salon. Assis les uns en face des autres, il commence à nous raconter son histoire.  

Le parcours de Paga

L’annonce aux proches, à la famille et aux amis peut s’avérer être un moment difficile. Il est aussi et surtout différent pour chaque personne. Pour Paga, la meilleure manière de le faire était d’écrire des lettres à tous ses proches. Il a donc rédigé des pages entières de mots, de sentiments et d’explications sur son ordinateur avant de les envoyer en pièce jointe, par mail. Une lettre pour chaque personne importante dans sa vie. 

La première à destination de sa sœur. Il prend le soin d’attendre la nuit, pour cliquer sur envoyer, avec l’espoir qu’elle dorme encore. Elle ne dormait pas. Dans le mail elle a pu lire : « Prenez le temps, j’attends pas de réponse tout de suite. Je suis toujours la même personne, je vous aime”. Elle a répondu à son frère : “Je savais qu’un jour tu allais me dire ça. Tu l’as dit à papa ? dis-lui”. Alors Paga a attendu 2 ou 3 heures du matin pour envoyer la même lettre à son père. Toujours en espérant qu’il soit endormi. Il ne dormait pas non plus et a fini par lui répondre : “Je t’aime comme tu es, il n’y a pas de soucis”. C’est avec sa mère que tout est devenu plus compliqué pour Paga.

La réaction de ses proches

J’ai entamé des démarches médicales. Je fais des examens pour ensuite prendre la testostérone. C’est quelque chose que j’attends beaucoup. Après, sinon, le reste je ne sais pas encore. J’essaie d’y aller étape par étape.

Au départ, Paga a demandé à son entourage de l’appeler par ce nouveau nom. Pour lui, c’était déjà suffisant. Puis, progressivement, il leur a demandé de le genrer au masculin et petit à petit, Paga leur a annoncé qu’il souhaitait faire une transition. 

Comment se passe une transition ? Qui sont les personnes vers qui se tourner ? Quels médecins ? Comment faire ? Comment changer de nom sur son acte de naissance ? Comment changer la mention de son sexe sur sa carte d’identité ? Par où commencer ? Sont tout autant de questions qui se sont bousculées dans la tête du jeune homme. 

Les étapes

Dans une transition, chacun va à son rythme. Il n’y a pas de passage obligatoire. Une transition c’est propre à chacun.

Et pourtant beaucoup de questions et de stéréotypes mal placés gravitent encore autour de ce sujet. Paga nous l’explique.

Les réactions des autres

“Depuis Avril 2021, j’ai eu ma nouvelle carte d’identité, j’ai aussi eu mon rendez-vous médical que je devais avoir avec mon endocrinologue, donc maintenant je suis en attente pour les hormones. Administrativement parlant, je suis en plein dedans. Changement d’état civil partout. À l’école c’est fait, à la banque c’est fait, aux impôts c’est fait.”

Nouvelle identité

Sacha, fan de science-fiction

Il ne faut pas avoir peur de qui vous êtes.

Sacha

Pour notre prochaine rencontre, nous vous présentons Sacha. Nous avons fait sa rencontre et nous l’avons interrogée directement dans nos studios radio. Si on vous tire son portrait, voici ce qu’il faudrait retenir. 

Sacha a 24 ans, et est passionnée par le secours à la personne et par la médecine d’urgence. Elle a d’ailleurs été bénévole à la Croix rouge en tant que secouriste durant 7 ans ! 

Ce qu’elle aime faire durant son temps libre, c’est écouter de la musique (mention spéciale pour Linkin Park !) et aussi regarder des séries de science-fiction ou de super-héros (elle cite The Flash, Supergirl par exemple). Aussi, elle adore l’écriture et a déjà créé plusieurs textes.

Quand nous l’avons rencontrée, elle n’est pas venue seule. Elle est venue avec sa copine Pauline. Nous avons donc décidé de revenir avec Sacha sur ces moments plus intimes. La jeune femme nous raconte comment tout à commencé entre elles…

Rencontre amoureuse

On s’est alors demandées si Sacha avait des conseils à donner à des personnes transgenres, si elle aimerait leur passer un message concernant les relations amoureuses et intimes. 

Le message de Sacha

Sacha, là on veut tout savoir ! A quoi ressemblait ton profil sur cette application de rencontre ? 

Sacha sur les applications de rencontre

Le plus important c’est qu’elle m’aime comme je suis. […] On s’aime comme on est elle et moi.


Jeanne, littéraire et cinéphile

Jeanne a une cinquantaine d’années, elle est fonctionnaire dans l’administration. Elle aime nager des heures dans l’océan, toujours plus loin vers le large. Elle dit souffrir d’une addiction à l’horizon, même si elle n’a encore jamais réussi à l’atteindre. Elle aime lire pendant des journées entières et adore découvrir des écrivains dont elle n’avait jamais entendu parler. Elle aime aussi s’enfermer dans l’obscurité des salles de cinéma. Si vous le lui demandez, elle vous conseillera de lire Nord, de Céline Louis-Ferdinand ou Crimes et Châtiments, de Fiodor Dostoïevski, puis elle vous conseillera de regarder le film Amarcord, de Federico Fellini. C’est dans l’enfance, dans les années 70, qu’elle a compris que quelque chose en elle ne cadrait pas. Mais sans mots pour décrire ce qu’elle ressentait, pour décrire qui elle était, elle a dû continuer de vivre sans identité. À l’époque, le mot transidentité n’existait pas. 

L’histoire de Jeanne
Question n°4
Parmi les deux livres cités par Jeanne, lequel as-tu envie de lire ? ou lequel connais-tu déjà ?
Question n°4
Réponse à la question

Envie de changer de registre littéraire ?

Pourquoi ne pas essayer les ouvrages proposés par Jeanne !



Mon existence enrichit l’existence de mon voisin quand il découvre que j’existe.

Jeanne

On ne remet pas en cause les fondements de la société. Je veux juste pouvoir vivre en paix et tranquillement.

Pour Jeanne, il est important de parler de transidentité aujourd’hui. Le plus possible et au plus de monde possible : “si on m’en avait parlé avant, ma vie aurait été différente. Je n’aurais pas été dans la honte, dans la haine de soi pendant toutes ces années”. Néanmoins, elle ne regrette pas son parcours, ni les années passées. Pour elle, ces années ne sont pas perdues. 

La révélation

Et, à l’époque, l’annonce à la famille n’était pas plus simple qu’aujourd’hui. “Mes parents ont paniqué et surtout mon père. Il ne savait pas ce que c’était. Il a cru que c’était un truc sectaire, enfin je ne sais pas trop ce qu’il a imaginé… et il a fallu un peu de temps pour lui faire comprendre que ce n’était pas une lubie soudaine, un truc sectaire, un endoctrinement, ou je ne sais quoi d’autre.” nous confie Jeanne. Elle revient avec nous sur cette période.

L’annonce aux parents

Tout au long de son parcours, Jeanne a remarqué les multiples préjugés qui gravitent autour de la transidentité. Elle nous explique avoir entendu beaucoup de gens parler de théorie de genre et d’effet de mode. “Les gens mélangent tout sans rien connaître” ajoute-elle. 

Face à la société

L’existence. C’est le mot le plus utilisé par Jeanne. Le pouvoir d’exister, de vivre sa vie, mais aussi d’exister en étant conscient des différences qui font notre monde. Mais pour ça, il faut une société plus ouverte… 

Une société plus ouverte

On n’est pas XX ou XY et puis point barre. C’est beaucoup plus complexe que ça. Il faut être curieux un peu de l’existence.

Chapitre 2 :
Médecine et transition de genre

Vous voilà maintenant dans le deuxième chapitre de C’est pas mon genre ! Ici, vous allez lire et écouter des témoignages de personnes du corps médical. D’ailleurs, trouver des professionnels de santé trans-friendly relève parfois du défi. Les personnes transgenres ont besoin de se sentir comprises, épaulées et aidées. Nous avons pu rencontrer des médecins, psychologues, orthophonistes, endocrinologues de la région.


Transidentité et médecine générale

Chaque parcours de transition est différent, comme nous l’avons déjà précisé, il n’y a pas de chemin prédéfini. Toute personne transgenre fait ses propres choix. Toutefois, si elle décide de se renseigner sur les possibles transitions médicales, le médecin généraliste peut être une première porte d’entrée. 

Nous avons rencontré une médecin bisontine pour ce webdocumentaire et elle conseille aux personnes transgenres de se rapprocher de leur médecin de famille afin que ce dernier les oriente au mieux. Si un patient se pose des questions sur les traitements hormonaux par exemple, la professionnelle de santé va le rediriger vers un endocrinologue. Le médecin “connaît son patient et son environnement, il pratique tous les domaines de la médecine, et adapte ses soins à son patient”.

La docteure a néanmoins précisé : d’un point de vue général, les patients transgenres que je vois sont déjà suivis. Les rares fois où j ai été la première à les voir, ils sont venus pour un autre motif de consultation comme des soucis de sommeil, des douleurs au ventre et c’est souvent en fin de consultation au moment de partir qu’ils me disent être transgenre et ne pas savoir comment aborder le sujet.” Dans tous les cas, les patients recherchent “une écoute et une compétence médicale”, qu’ils aient commencé ou non leur transition. 

Au cours de nos échanges avec les professionnels de santé, nous nous sommes rendu compte que la transidentité était peu voire pas du tout abordée dans les études de santé. C’est justement ce que nous a expliqué cette médecin généraliste : la question de la transidentité n’était pas abordée lors de mon cursus médical, j’ai appris avec mes patients, j’apprends énormément auprès d’eux. D’ailleurs, chaque patient est un cas unique, qu’il soit transgenre ou non.” 


Transidentité et psychologie

Bénédicte Lucas, psychiatre à Besançon est aussi formée en sexologie et dans l’accompagnement des personnes transgenres. Elle a notamment travaillé dans un service à Genève qui accompagne des personnes trans ou des personnes ayant des troubles sexuels. Les psychiatres et psychologues font en effet partie des rendez-vous médicaux des personnes transgenres. Mais d’ailleurs, comment cela se passe ?

À chacun sa transition

Au cours de son processus de transition le patient peut faire une demande pour obtenir l’ALD, Affection Longue Durée.

L’Affection Longue Durée

Dans son cabinet, elle reçoit des personnes transgenres mais aussi parfois leurs parents. Les réactions peuvent être différentes d’une personne à l’autre.

Les réactions des autres

Transidentité et endocrinologie

Si vous vous y rendez, la plupart des endocrinologues vous demanderont une attestation de votre psychiatre avant de mettre un traitement hormonal en place. Cette lettre “certifie que votre psy ne voit pas de contre-indication à ce que vous commenciez un traitement hormonal.” (Wikitrans). Elle n’est pas obligatoire, mais comme nous venons de vous le dire, elle est souvent demandée.

Dans la cadre d’un traitement masculinisant (FTM), les personnes transgenres vont se tourner vers la testostérone et toutes ses formes, les effets attendus peuvent être le développement de la pilosité (sur le corps et le visage) ou encore la mue de la voix. Cette transition entraîne d’autres changements : la testostérone augmente la libido, la musculature se développe, la peau peut devenir grasse et à tendance acnéique, les règles s’arrêtent, etc.

Nous ne vous présenterons pas tous les traitements de manière détaillée, mais sachez qu’ils peuvent être administrés de plusieurs façons. Nous avons les injections, le gel, les patchs, les implants, les comprimés. Aussi, il y a les traitements non hormonaux comme l’huile de ricin. Il existe des alternatives à la testostérone et certaines sont naturelles.

Pour un traitement féminisant (MTF), les personnes transgenres ont recours aux oestrogènes. Dans ce cas-ci, les effets peuvent être les suivants : la peau est plus fine et moins grasse, la poitrine grossit, les cheveux poussent plus vite, on observe une diminution de la masse musculaire, réduction de la pilosité, etc. A savoir que la prise d’hormones féminisantes a aussi un effet sur les éjaculations et érections. 

A noter, que les personnes MTF peuvent aussi se tourner vers les traitements à base d’anti-androgènes et progestatifs.

Encore une fois, les exemples cités ici varient d’une personne à une autre. On ne sait jamais à l’avance quels vont être les résultats.

Nous tenions cependant à préciser quels effets étaient réversibles ou non. Ces informations ont été tirées de la plaquette Hormones et Parcours Trans de OUTrans qui peut vous servir de source si vous vous posez des questions :

À partir du moment où les effets se sont mis en place, les effets suivants sont définitifs :Au contraire, les effets suivants sont réversibles :
modification de l’aspect externe du sexe (Ft*)répartition des graisses (Ft*/Mt*)
pilosité (Ft*)volume musculaire (Ft*/Mt*) 
implantation des cheveux (Ft*)sensibilité à la chaleur (Ft*/Mt*)
ossature (Ft*)arrêt des règles (Ft*)
voix (Ft*) modification de la libido (Ft*/Mt*)
poitrine (Mt*) aspect de la peau (Ft*/Mt*)
modification des odeurs corporelles (Ft*)

Transidentité et gynécologie 

Parmi les premiers professionnels de santé qu’il est possible de rencontrer, il y a les gynécologues. De manière générale, une femme, dès ses premiers rapports sexuels rencontre un médecin gynécologue, et ce tout au long de sa vie. Que ce soit pour des consultations de préventions (Ex. cancer du col de l’utérus, cancer du sein), pour des suivis de grossesses, ou encore pour des suivis de traitements spéciaux (Ex. pilules contraceptives). Mais dans le cas d’une transition de genre, un gynécologue peut aussi bien suivre une femme, qu’un homme. C’est, par exemple, le cas d’Anne Sophie Koenig, gynécologue libérale à Montbéliard et chargée du département IVG de l’hôpital. 

“Il y a une dizaine d’années, alors que cela faisait une semaine que je venais de m’installer dans mon cabinet libéral, un jeune homme est venu à ma rencontre pour une consultation. Il m’a expliqué être une femme. Sur le coup, je n’ai pas su comment lui répondre, je ne savais pas comment lui apporter mon aide, ni vers qui l’adresser. Je me suis renseigné et lui ai proposé de s’orienter vers un psychologue, qui lui, a su l’aider. Pour moi, cette rencontre a été un déclic.”

Anne-Sophie Koenig
Quand se tourner vers un gynécologue ?

Une personne née homme, qui devient femme, doit-elle consulter un gynécologue ?

Que se passe-t-il pendant les rendez-vous ?

Pour une personne née femme, qui prend tous les jours la pilule contraceptive ou un traitement particulier avec des hormones, comment se passe la transition ? 

Compatibilité des traitements

Transidentité et voix

Sylvie Brignone est orthophoniste et cognitivo-comportementaliste. Chaque jour, elle reçoit ses patients dans son cabinet situé à Saint-Amour. Parmi eux, des personnes en transition de genre qui souhaitent changer leur voix, leurs intonations, mais aussi leur gestuelle, dans le but de se sentir mieux. Lors des premières rencontres avec ses patients, Sylvie leur propose un bilan sur leur voix actuelle et commence aussi, petit à petit, à projeter un objectif avec eux. 

Comment Sylvie intervient auprès des personnes transgenres ?

De manière générale, la hauteur de la voix d’une femme est plus aïgue que chez les hommes. La différence entre la voix masculine et féminine est d’environ de 100 Hz. Sylvie Brignone, nous explique les méthodes qu’elle utilise afin de passer d’un grain de voix grave à un grain de voix plus haut. 

Les méthodes pour changer de voix et comment la garder

Chez les personnes transgenres FtM, le traitement hormonal et la prise de testostérone entraînent une mue naturelle. C’est pourquoi, lors de notre échange avec Sylvie Brignone, nous nous sommes demandé s’il existait des aides médicamenteuses afin de modifier sa voix pour les personnes transgenres MtF. Ce n’est pas le cas et de toute façon les orthophonistes ne sont pas habilités à délivrer des ordonnances. Néanmoins, depuis quelques années, les femmes ont le choix entre deux opérations, sans risque médical : la criothyropexie qui permet de tendre les cordes vocales, et la laryngoplastie endoscopique qui permet de les raccourcir. Ces interventions sont très peu réalisées et souvent de derniers recours. Sylvie Brignone, le rappelle aussi : “ce n’est pas une obligation de changer sa voix. Il faut se sentir bien.”

Ce n’est pas une obligation de changer de voix

Transidentité et chirurgie

Parmi les démarches médicales, l’étape chirurgicale (d’affirmation de genre) intervient souvent en dernier. Évidemment, chaque personne transgenre décide de sa transition. Il n’est pas obligatoire de passer par la case chirurgie. Néanmoins, nous avons décidé d’en parler pour toutes ces personnes qui ont décidé de modifier leur physique, pour se sentir mieux dans leur corps et avec leur genre.

Pierre Bensa pratique la chirurgie plastique depuis plus de trente ans. Son cabinet actuel se situe à Dijon. Il nous a expliqué que sa « spécialité permet à ses patient(e)s de se sentir mieux dans leur vie au quotidien”. Pour lui, être en bonne santé c’est habiter son corps et avoir plaisir à le faire fonctionner.   

Un mal être parfois très grave peut naître d’un problème morphologique, et mon métier permet aux patient(e)s de modifier cette partie du corps à l’origine de ce malaise.

À savoir qu’avant toute intervention chirurgicale ou même visite chez le chirurgien, le patient suit un accompagnement psychologique ainsi qu’une prise en charge chez un ou une endocrinologue afin de mettre en place un traitement hormonal adapté. 

Parmi les patients du docteur Pierre Bensa, une majorité de FTM (Female to Male). La majorité de ses patients présentant une dysphorie de genre cherche à obtenir une identité masculine. “L’essentiel de mes interventions sont des torsoplasties.

Qu’il y a t-il de plus gênant pour un patient d’aspect masculin que de vivre avec une poitrine bonnet C ?

questionne le docteur

Nous avons demandé au chirurgien plastique, la liste des opérations possibles pour des personnes MTF ou FTM dans son cabinet.

Torsoplastie“C’est une intervention qui consiste à enlever la plante mammaire par voie aréolaire et faire ressortir un thorax d’aspect masculin jusqu’à un sein bonnet C”
Mammectomie ou mastectomie“C’est l’ablation du sein au delà d’un bonnet C ou sur une peau non élastique.”
Implants mammaires“C’est la création d’un sein féminin sur un thorax masculin.”
Injections d’acide hyaluronique ou lipostructure“C’est la création de volumes pour masculiniser ou féminiser le visage (pommettes menton, angles de la mâchoire).”

Quand Pierre Bensa reçoit ses patients, il essaie d’analyser au mieux leur demande afin de satisfaire leurs envies et besoins. Selon lui, le corps et l’esprit sont liés. Il est donc primordial d’accompagner les personnes transgenres et tous les autres patients vers les interventions les plus adaptées. “Les consultations préopératoires sont longues et minutieuses afin de m’assurer que la demande est bien ancrée .” partage le professionnel de santé.

Je dois à mes patient(e)s une information claire, honnête, complète, et intelligible.”

D’ailleurs, le chirurgien met un point d’honneur à ce que ses patients transgenres soient accompagnés et entourés psychologiquement par l’entourage (amis, famille, etc.) car pour lui “toute chirurgie est un acte brutal et un entourage est une aide à la prise en charge des suites opératoires.”

Il y a-t-il un point sur lequel insiste le professionnel de santé ? « J’insiste toujours sur la notion de temps car cette prise en charge n’est JAMAIS urgente et l’évaluation du rapport bénéfice/risque est essentielle.”

Pierre Bensa propose un suivi postopératoire d’un an, car “c’est le temps de stabilisation de la cicatrisation”. 

Chapitre 3 :
La transidentité et les personnes transgenres dans l’art et la pop culture

Quelle est la place de la communauté trans dans l’art et la pop culture ? Depuis quelques années, les personnes transgenres sont de plus en plus représentées dans les médias mainstream mais aussi les séries, livres ou encore musiques. Mais qu’en est-il vraiment ? Quelles ressources peut-on recommander ? 


Transidentité et cinéma : petits et grands écrans

Ne vous êtes-vous jamais dit que vous aviez une image trop stéréotypée des personnes trans ? Des séries, aux films en passant par les émissions de télévision, rares sont les personnages transgenres véritables et proches de la réalité. Et si tout dépendait du choix de l’acteur et de l’actrice ? Des séries très cools se sont emparées du sujet et c’est quasiment une révolution ! 

Finalement, nombreux sont les personnages trans qui ont marqué l’histoire du cinéma, de la télévision et des séries en brisant les tabous et en portant des messages forts. Pour certains, ils ont permis à des tas de personnes de pouvoir s’identifier et ne pas se sentir seul ou perdu. Pour d’autres d’être renseigné et d’inclure au mieux ces personnes trop mises en marge de la société.  

Différencier le fait d’être présent et le fait d’être représenté

Chaque année le collectif GLAAD (un observatoire de la diversité LGBT+ dans les médias américains) recense que les rôles des personnages transgenres, à l’écran, sont bourrés de clichés. Des rôles de victimes de crimes sordides ou de travailleur·euse·s du sexe continuent encore aujourd’hui de leur coller à la peau.

Twin Peaks, Coronation Street, Ugly Betty, Ally McBeal ou encore Nip/Tuck ont, à leur manière mis en lumière une réalité jusque-là cachée : celle du coming out trans, des obstacles et de la violence rencontrés par ces derniers. Il faut attendre 2001 et la série Dark Angel,  pour découvrir le premier personnage transgenre joué par une actrice trans, elle-même : Jessica Crockett. 

Les années 2010 sont marquées par le coming out trans de Caitlyn Jenner et par la série Orange is the New Black, avec l’actrice trans Laverne Cox, en première ligne. D’ailleurs cette dernière est la première femme transgenre nommée aux Emmy awards mais aussi à faire la couverture du Time en 2014. Laverne Cox devient vite une icone féministe et une activiste engagée en faveur des droits LGBT+.  Son rôle dans la série contribue de plus en plus à “normaliser” la présence des personnes trans dans nos vies, mais surtout, dans nos écrans !

En 2018, le réalisateur de Nip/Tuck, Ryan Murphy avec l’aide de Janet Mock, une journaliste trans, crée la série Pose. Cette série sur la scène ballroom et le voguing des années 80 a littéralement dynamité le petit écran avec un casting LGBT+ incroyablement sincère et divers. Au total : plus de 50 personnes transgenres sont apparues à l’écran, un traitement historique et culturel. 

Un climat encore timide sur la question

La série Sense8 (Netflix) a été confiée à deux réalisatrices trans. Elles ont voulu mettre un point d’honneur à montrer les genres et les sexualités dans toute leur diversité et leur beauté. Le personnage de Nomi, incarnée par l’actrice trans Jamie Clayton, ne se résume pas à sa transidentité, mais elle est à considérer dans son histoire et son expérience. D’ailleurs, elle et sa petite amie Amanita, jouée par Freema Agyeman, sont rapidement devenues les favorites du public.

Vers un vent d’espoir ?

Il est certain qu’un progrès notable a été effectué quant au traitement de la transidentité dans le cinéma ou les contenus médiatiques. Mais le chemin est encore long… Et pourtant, c’est avec les représentations dans les médias, les films, les séries et la culture en général, que l’on arrive à se construire et savoir un peu plus qui on est. Les séries participent d’une certaine manière à la construction de notre identité et ça, quelle qu’elle soit. 

Question n°5
Comment s’appelle la série réalisée par Ryan Murphy & Janet Mock en 2018 ?
Question n°5
Réponse à la question

Il s’agit de Pose !

Pour aller plus loin, voici quelques suggestions de films, séries & documentaires :

  • Girl, récit d’une transition de genre, un film de Lukas Dhont (2018)
  • The Danish Girl, un film de Tom Hooper (2015)
  • Océan, une web-série de Patrick André (France Tv ; 2019)
  • Petite fille, un documentaire de Sébastien Lifshitz (2020)
  • Queer Eye, une série de David Collins (6 saisons)
  • Euphoria, une série de Sam Levinson (2 saisons)
  • Disclosure, un documentaire de Sam Feder (2020)



Transidentité et Littérature : tourner la page aux idées reçues 

“Minorité sexuelle incomprise et décriée”, “communauté pathologique par le corps médical et psychiatrique”, exclues de certains mouvements féministes, les mots de l’auteure et militante transexuelle Julia Sereno sont forts. Tout comme au cinéma, on prend conscience de la place de la transidentité dans nos sociétés. La littérature, les bande-dessinées ou encore les essais se multiplient aujourd’hui.

Dans son essai intitulé Manifeste d’une femme trans et autres textes, publié en 2014,  Julia Sereno explique des notions clés pour comprendre la transidentité vécue par les femmes. Un essai posant les choses très clairement : description de la souffrance vécue, de l’instrumentalisation et du profond rejet qu’elles subissent au quotidien. Elle tente de faire banaliser, d’accepter et de respecter  l’identité de chacun et de chacune. Julia Sereno précise :”Nous avons à de trop nombreuses reprises été les victimes de la violence des hommes qui nous considèrent quelque part comme une menace pour leur masculinité et leur hétérosexualité”.

Des genres littéraires pour des questions de genre

Du côté des romans, on retrouve, Homo Sapienne de Niviaq Korneliussen. On suit la vie de cinq jeunes dans la ville de Nuuk, capitale du Groenland. Ils vivent des changements profonds et racontent ce qui, jusqu’à maintenant, a été laissé sous silence : Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre. Sur « l’île de la colère », où les tabous éclatent lentement, chacune et chacun se délestent du poids de ses peurs.

Du côté de la bande-dessinée, on retrouve Appelez-moi Nathan de Quentin Zuttion et Catherine Castro.  Les dessins aux traits fins et colorés retracent l’histoire de Nathan, né Lila, dans un corps de fille.  Un corps qui ne lui a jamais convenu et qu’il décide alors de corriger. Le tout, avec le soutien indéfectible de sa famille, ses amis, ses profs et, à seize ans, des injections de testostérone tous les mois. Une bande-dessinée destinée autant aux adultes, aux parents, qu’aux adolescents en quête de questionnement sur leur genre et/ou leur sexualité.

Ces personnes LGBT+ qui ont changé le monde

Et si vous souhaitez découvrir les personnalités transgenres importantes, vous pouvez vous diriger vers le livre intitulé 40 LGBT+ qui ont changé le monde. Illustré par Florent Manelli. Des portraits graphiques, accompagnés de textes, d’anecdotes sur des personnes LGBT+ qui ont fait évoluer le combat. L’auteur dit en préface – J’ai fait ce livre pour l’adolescent sans repères que j’ai été. Lors des moments troubles de ma jeune vie où les questionnements sur ma sexualité devenaient trop prégnants et sans réponses, j’aurais probablement aimé avoir cet ouvrage entre les mains”. Un livre qui met en lumière les grandes personnalités trans, ici et ailleurs, dans des pays où ces thèmes sont ignorés, oubliés et méprisés, afin de normaliser la diversité des sexualités. 

Question n°6
Lequel de ces livres aimerais-tu ajouter dans ta liste de lecture ?
Question n°6
Réponse à la question

Nos suggestions littéraires : 

  • Manifeste d’une femme trans et autres textes, un livre de Julia Serano (2014) 
  • Homo Sapienne, un livre de Niviaq Korneliussen (2014)
  • Normal(e), un livre de Lisa Williamson (2017)
  • Appelez-moi Nathan, un livre de Catherine Castro (2018)
  • 40 LGBT+ qui ont changé le monde, un livre de Florent Manelli (2019)
  • Felix ever after, un livre de Kacen Callender (2020) 
  • Cemetery boys, un livre d’Aiden Thomas (2020) 
  • Une histoire de genre, un livre de Lexie “agressively_trans” (2021) 
  • La fille d’elle-même, un livre de Gabrielle Boulianne-Tremblay (2021)



Transidentité et musique

Toujours ambiguë et survolée, la transidentité peine à trouver sa place dans la musique. En revanche, nous assistons à une vague d’artistes LGBT à l’avenir prometteur.

On peut penser au titre  3e sexe d’Indochine, qui conjugue une fille au masculin et un garçon au féminin… Mais est-ce suffisant ? De plus en plus d’artistes osent prendre la parole pour défendre les droits LGBT+ du côté des artistes français. On peut penser à Eddy de Pretto qui est arrivé sur la scène musicale française, en affirmant son homosexualité. Il en fait même presque un sujet principal dans ses titres. De Kid, où il évoque l’ultra masculinité à laquelle les hommes doivent se conformer à ses premiers amours dans Jimmy ou Désolé Caroline.

Amours conjugués au féminin

Sur la scène musicale, on constate de plus en plus d’artistes lesbiennes, qui osent parler des discriminations qu’elles vivent. Comme Hoshi avec son titre Amour Censure où elle se demande : « est-ce qu’on va un jour en finir avec la haine et les injures ? ». Et si pour elle les “pédé sont beaux”, Aloïse Sauvage, elle déclare haut et fort : “on s’cachait, maintenant on s’élève, c’est pas avachi sur les clichés qu’on changera les règles” dans son titre Omowi. Le message est clair et plein de fierté.

On peut aussi citer la chanteuse Pomme. Avec son titre On brûlera, véritable déclaration d’amour pleine de failles et de beauté. ”Je m’excuse auprès des dieux, de ma mère et ses louanges, je sais toutes les prières, tous les vœux, pour que ça change”. Souffrance oui, mais amour transcendantale qui s’affranchit de toute contrainte. On peut citer son titre Grandiose également, où elle évoque la maternité et son amour envers les femmes.

Amours multiples

Ces artistes, à travers la musique, permettent aux gens de s’identifier. Se reconnaître. Se sentir moins seul. L’amour, c’est tout. Telle est la phrase qui clôture le clip de promo de la Saint Valentin pour le géant du streaming Netflix. Le tout accompagné de La vie en rose (Edith Piaf) interprétée par la chanteuse Angèle, conjuguant elle aussi, ce monument de la chanson française au féminin. Célébrons la différence. Célébrons toutes les sexualités, les identités, les genres, mais surtout : respectons les. L’art et la culture, sont des premiers pas, vers l’acceptation de soi ou simplement, de ceux qui nous entourent. À bon entendeur…

Question n°7
Qui a chanté : ”Je m’excuse auprès des dieux, de ma mère et ses louanges, je sais toutes les prières, tous les vœux, pour que ça change” ?
Question n°7
Réponse à la question

La playlist de la Rédac’ : 




Le coin podcast

Un podcast trans

“Un podcast trans” est un podcast mensuel de discussion, fondé par Niléane. 

Interview un podcast trans. Jena, Malley, Axel·le, Cat, Pawline, Merry, Tiphaine, et Louie y partagent recommandations littéraires, changements personnels ou encore leur quotidien.

Un podcast Trans, c’est quoi ?
Question n°8
Par qui est fondé le « podcast trans » ?
Question n°8
Réponse à la question
Ludivine, « affirmante” tardive de son genre – Aurélien – 6:18
Ludivina, un amour impossible – Aurélien – 5:35
Manu, de la non-binarité à la transition de genre – Chloé – 6:57
Mathilde, femme en transition de genre – Aurélien – 10:24
Lara, des gants de boxe à la transition de genre – Aurélien – 7:32
Ces, une vision politique du genre – Chloé – 6:56
Le genre dans l’assiette – Cécile – 6:55
Les ados et le genre – Chloé – 5:21
La socialisation de genre chez les filles et les garçons – Cécile – 5:18
Les enfants et le genre – Chloé – 5:26



L’art, un chemin vers la reconnaissance

Claude Cahun vu(e) par Prune

Dans ce chapitre nous avons évoqué la reconnaissance de la transidentité dans plusieurs formes d’arts, telles que la musique, la littérature, ou encore le cinéma. L’art comme un corridors indispensable dans l’acceptation et l’ouverture d’esprit, c’est aussi ce que pense Christophe Otello, président du Festival Belfortain, Libres Regards. 

Christophe Otello – Le milieu artistique LGBTQI+

Libres Regards, c’est un festival pluridisciplinaire et culturel, né en 2010 sous l’œil bienveillant de sa créatrice, Ophélie Thiébaut. Il permet aux artistes de donner leurs propres visions des choses sur les questions de genre à travers différentes formes d’arts : le théâtre, qu’il soit de rue ou en salle de spectacle, la bande dessinée, la littérature, la musique, la danse, l’art contemporain… Ici, l’objectif est d’ouvrir le débat, de croiser les publics. 

Christophe Otello – Le festival Libres Regards

Après plus de 10 ans de festival et de rencontres, Christophe Otello constate des changements, une évolution autour des questions du genre.

Evolution de la question du genre selon Christophe Otello
Question n°9
En quelle année est né le festival Libres Regards ?
Question n°9
Réponse à la question

La sélection littéraire des partenaires libraires à Belfort du Festival Libres Regards :

  • Marius, un livre de Latifa Alaoui Margio et de Stéphane Poulin (2002) 
  • Le Flamant rose qui ne voulait pas être rose, un livre de Christelle Saquet et de Alice de Page (2019)
  • Sur les bouts de la langue – traduire en féministe/s, un livre de Noémie Grunenwald (2021)
  • Le Genre (expliqué à celles et ceux qui sont perdu·es), un livre d’Aline Laurent-Mayard et de Marie Zafimeny (2021)
  • Adieu ma honte (récit), un livre de Ouissem Belgacem (2021)


Avec la participation de nos journalistes Louise Jeannin et Prune Benedini.

Conclusion :
C’est pas mon genre !

Et c’est ainsi que s’achève notre voyage, nos découvertes et nos rencontres. Bien sûr, rien n’est définitif. Il n’y a pas de cases ou de lignes prédéfinies. Le but de ce projet est aussi de montrer que chacun est libre de mener sa propre vie, sa propre existence comme il l’entend. Et c’est aussi ça que toutes les personnes intervenantes dans ce webdocumentaire souhaitent transmettre : bienveillance et tolérance. Tout au long de cette lecture, vous avez lu les paroles, mais aussi entendu les voix de ceux avec qui nous avons travaillé pendant presque deux ans : de 2020 à 2022. Nous remercions les participants, parce qu’ils nous ont fait confiance et que cette confiance à été réciproque. Ils se sont confiés à nous, mais aussi aux lecteurs, avec cette petite idée en tête, qu’un jour tout pourrait changer, complètement. Définitivement. 

Il nous tenait à cœur de mener à bien ce projet, et de montrer que les différences qui nous caractérisent sont justes merveilleuses. Il reste encore du chemin à faire. Alors, nous avons un dernier message. Dans le cas où vous vous sentez isolés et en danger, vous pouvez faire appel à des associations comme Nouvel Esprit ou encore La Fondation Le Refuge.


Le Refuge

Le Refuge existe depuis 18 ans et si l’aventure a commencé à Montpellier – c’est là que se trouve le siège social – plusieurs antennes sont maintenant dispersées dans toute la France et même dans certains DOM-TOM. Il y a aussi des correspondants relais dans les départements où il n’y a pas de délégation. Le moyen de couvrir le territoire le plus largement possible.

Ils ont une antenne à Besançon, et mettent tout en place pour lutter contre l’isolement et le suicide des jeunes LGBT+ de 14 à 25 ans. Comme ils l’expliquent d’ailleurs sur leur site internet, les personnes qui viennent les voir sont victimes d’homophobie et de transphobie et sont aussi, en situation de rupture familiale.

Ici, à Besançon, un appartement relais est mis à disposition de 4 jeunes pour qu’ils soient hébergés. Il y a aussi un accueil de jour dans des locaux situés rue Ronchaux, au centre-ville. Nous y sommes allés et nous avons rencontré Thibaut Chabardet, délégué régional de l’association Le Refuge. Nous lui avons demandé comment cela se passait quand on leur demandait de l’aide.

Comment se passe l’accueil ?

Quand ils sont contactés, ils prennent toutes les mesures nécessaires pour pouvoir les accueillir au fur et à mesure.

L’accueil des personnes

Une quinzaine de personnes sont bénévoles sur Besançon. Un nombre qui permet à la fondation Le Refuge de tourner. Cela permet aussi par exemple aux 4 hébergés de voir différentes personnes.

Les permanences

Concernant la suite pour la fondation Le Refuge, Thibaut Chabardet nous a expliqué qu’il aimerait qu’il y ait plus de correspondants relais sur tous les autres départements de la Région Bourgogne-Franche-Comté. Cela permettrait par exemple de faire la promotion de la fondation et de récolter des fonds. 
Si vous souhaitez d’ailleurs venir en aide au Refuge et leur faire un ou plusieurs dons, rendez-vous sur leur site internet le-refuge.org ou tout simplement si vous avez besoin d’informations. Le Refuge peut aussi être contacté au 07 81 95 22 76. 


Nouvel Esprit

L’association Nouvel Esprit, une association LGBTA qui permet de créer du lien, de donner des conseils et du soutien. Stéphanie Barbot, présidente de l’asso, nous en dit un peu plus. 

Nouvel Esprit

L’association Nouvel Esprit est donc apte à rediriger les personnes vers des professionnels du corps médical. Vous pouvez vous adresser à l’adresse mail suivante : stephbarbot25@gmail.com


Autres numéros

Pour rappel, voici quelques contacts, numéros et adresses mails pour plus d’informations ou pour vous renseigner. Le dispositif Ligne Azur, informe, écoute et soutient les jeunes qui se posent des questions sur leur orientation sexuelle au 0 810 20 30 40.

Il existe aussi le RAVAD, une association qui assiste les victimes d’agressions et de discriminations, en particulier pour les agressions en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre au 06 89 81 36 90 ou sur l’adresse mail urgence@ravad.org.

La psychiatre Bénédicte Lucas, que nous avons interviewée pour ce webdocumentaire à récemment fondé, avec l’aide de Madame Laffont, psychologue de l’Education Nationale, l’association Transcende (https://www.facebook.com/Transcende-107348488416620). Cette association propose d’accompagner l’entourage des personnes transgenres et d’avancer sur toutes les questions autour de la transidentité. En d’autres termes, Transcende a pour objectif de diminuer les conséquences psychologiques de la non-acceptation de la transidentité par les proches, d’améliorer la santé des personnes transgenres et l’accès aux soins et de diminuer la stigmatisation dans les soins. 

Le défenseur des droits est une autorité constitutionnelle indépendante qui veille au respect des droits et libertés par toute personne publique ou privée. Il est chargé de lutter contre les discriminations dans le domaine de l’emploi, du logement, de l’éducation et de l’accès aux biens et services. Il est possible de les contacter au 09 69 39 00 00.

On rappelle aussi que les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sont des délits sont passibles d’une peine maximale de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour une personne physique. 

Mais aussi que lorsqu’un agent public refuse sur ces mêmes fondements de fournir un service ou un bien dans un lieu accueillant du public ou en interdit l’accès, les peines sont portées à 5 ans d’emprisonnement et à 75 000 euros d’amende.


Remerciements

Ce Webdocumentaire est le fruit d’un travail collaboratif, alors, c’est tout naturellement que nous souhaitons remercier toutes les personnes ayant accepté de témoigner.

  • Merci à Jules, Erwan, Alex, Jules, Paga, Jeanne et Sacha. Mais aussi Bénédicte Lucas, psychiatre ; Anne-Sophie Koenig, gynécologue ; Sylvie Brignone, orthophoniste ; Pierre Bensa, chirurgien et à ceux qui ont choisi de rester anonymes, d’avoir apporté leur expertise médicale. 
  • Merci à Christophe Otello, président du Festival Belfortain, Libres Regards. Merci également à Niléane, l’une des membres créatrice du Podcast “Un podcast trans” 
  • Merci à Prune Benedini et à Louise Jeannin pour la réalisation d’un podcast et l’écriture d’articles à retrouver dans le chapitre La transidentité et les personnes transgenres dans l’art et la pop culture.
  • Merci à Candice, qui, il y a deux ans, nous a donné l’envie et l’énergie de nous lancer dans ce projet. 
  • Enfin, merci à toute l’équipe de Radio Campus Besançon, Martial Greuillet, Aurélien Bertini et Coraline Serrand. 

Réalisation : Amélie Pérardot et Alexie Le Corroller
Avec la participation de : Prune Benedini et Louise Jeannin
Réalisation graphique : Coraline Serrand
Production : Radio Campus Besançon, tous droits réservés, 2022.

Pour toute diffusion de ce projet, dans son entièreté ou de manière partielle, veuillez transmettre une demande à : admin.rcb@orange.fr

Introduction
Chapitre 1 :
Rencontre avec sept personnes transgenres
Chapitre 2 :
Médecine et transition de genre
Chapitre 3 :
La transidentité et les personnes transgenres dans l’art et la pop culture
Conclusion :
C’est pas mon genre !